Lors de la
restructuration d’Eurotunnel la crise avait été annoncée dès 2004 et
les mécanismes destructeurs dénoncés.
Eurotunnel était
l’exemple emblématique de ce qui devait démontrer la supériorité des
financements par le marché des infrastructures. La base du financement
était le droit de substitution reconnu aux créanciers qui , après une
introduction en bourse où l’épargne avait amené une premier apport de
fonds propres , a permis de faire aux actionnaires le chantage pour les
amener à assurer aux créanciers les paiements que la société ne pouvait
générer.
En 2001 et 2002 deux
opérations de titrisation ont été effectuées qui étaient présentées
comme démontrant l’amélioration du crédit d’Eurotunnel alors que la
notation financière des titres émis ne faisait que traduire les
techniques de rehaussement de crédit sur la base de l’intervention d’un
assureur monoligne , MBIA.
En 2004 une nouvelle
restructuration a été nécessaire. Les mécanismes de titrisation et de
rehaussement de crédit ont été dénoncés comme étant frauduleux. La place
entière de Paris , le cabinet du Premier Ministre, Bercy, le Ministre de
la Justice, la Présidente du Tribunal de commerce et le Batonnier se
sont mobilisés pour réduire au silence les critiques. Les principes les
plus élémentaires du droit des procédures collectives ont été violés en
faveur de MBIA pour que sa garantie ne soit pas mise en jeu, ce qui
aurait mis fin dès 2004 à ces dérives et en particulier à ceux des
subprimes.
Une puissante action
de communication fait passer pour un succès une restructuration qui,
fait unique dans l’histoire mondiale des restructurations, enrichit les
créanciers. La restructuration repose en effet sur une augmentation de
capital qui vient suppléer les ressources de la société, les
actionnaires « historiques » souscrivant à cette augmentation de capital
pour sauver leur investissement qui est en fait totalement perdu,
puisque depuis l’augmentation de capital la capitalisation d’Eurotunnel
est passée en dessous du montant de ce nouvel apport de fonds propres
par les épargnants.