La nature de la
crise est inédite. Il ne s’agit pas seulement d’une crise financière
d’ampleur exceptionnelle, mais d’une véritable crise de civilisation.
La financiarisation
de l’économie s’est fondée sur une dénaturation des bases du
capitalisme. Le capitalisme est fondé sur l’accumulation de revenus pour
fournir une base de développement de capacité de production. Le
capitalisme financier a dans une large mesure renoncé à la production
même pour les entreprises industrielles, c’est l’entreprise sans usine ,
avec l’externalisation et la délocalisation. Par ailleurs l’entreprise
n’accumule pas, elle s’endette et non contente de vivre à crédit sur la
base de ses revenus futurs elle hypothèque les hypothétiques
augmentations futures de ses revenus. Le capital a perdu dans le
« capitalisme financier » sa nature pour être une « dette
hypochirographaire » à rendement maximum.
La finance de marché
est marquée par l’incohérence, avec des marchés qui ont été décloisonnés
mais qui fonctionnent suivant des principes en contradictions avec les
principes du capitalisme. Les marchés boursiers ont perdu leur
fonction de financement de l’entreprise car l’exigence de la « valeur
actionnariale » a rendu le capital d’un coût prohibitif ; il ne s’agit
plus pour les capitaux ne provenant pas des « petits porteurs » de
« fonds propres », mais de fonds qui ont été confiés temporairement à
des sociétés ou fonds d’investissement , qui sont investis sans
« affectio societatis » et avec des exigences incompatibles avec une
qualité d’actionnaire. Les marchés boursiers ne servent que de moyen de
valorisation des actions de la société sur la base de la communication
faite au public concernant les attentes de revenus futurs. Les marchés
de dette eux fonctionnent sur la base de la notation financière qui
utilise largement des évaluations probabilistes fondées sur la
performance passée.
Les banques ont
développé par ailleurs comme étant prétendument des techniques de marché
les « produits dérivés » qui sont en fait des instruments de pari. Ces
produits dérivés permettent avec de très faibles capitaux de faire des
paris sur l’économie, avec des capitaux en jeux qui sont devenus
phénoménaux, sans que ceci alimente d’une façon quelconque l’économie,
sauf les banques d’investissement. Un Las Vegas financier s’est ainsi
développé, dégageant pour les banques de très gros profits, jusqu’à ce
qu’elles soient victimes d’une part des fraudes de leurs croupiers (les
traders) et surtout des martingales qu’elles avaient cru avoir mis au
point.