Les mises à pied
Le 4 janvier 2011 une porte-parole de
l'entreprise indique à l'AFP que trois hauts cadres du
groupe automobile français Renault ont été placés en "mise à
pied conservatoire" le 3 janvier 2011 lundi, à la suite
d'une "alerte éthique" qui a conduit à une investigation en
interne sur certains de leurs agissements . Mis à pied le 3
janvier, ils ont dû quitter leurs bureaux sur-le-champ.
Selon Me Thibault de Montbrial , avocat de Mathieu Tenenbaum,
responsable du programme "voiture électrique", le directeur
juridique de Renault a lancé à son client : "Vous savez ce
que vous avez fait. Vous feriez mieux de dire la vérité. Les
autres sont déjà passés aux aveux." Mathieu Tenenbaum -
"sidéré", d'après son conseil - a juste eu le temps de récupérer
quelques affaires avant d'être conduit par deux vigiles à sa
voiture.
Le 5 janvier 2011 la presse se fait l'écho du
fait du communiqué AFP. «Fin août 2010, une ‘alerte éthique'
a été portée à la connaissance du ‘compliance committee' (comité
de déontologie ndlr). L'investigation qui a suivi a conduit à
une mise à pied conservatoire de trois cadres de Renault»,
a indiqué mardi soir une porte-parole de l'entreprise à l'AFP,
sans plus de précision.
"Selon des sources anonymes évoquées par
l'AFP, l'enquête interne aurait permis de prouver que des
informations, mettant en cause l'intérêt de l'entreprise,
auraient été transmises à l'extérieur. " Il est
indiqué qu' un cadre dirigeant, membre du comité de direction de
Renault, et de deux autres cadres seraient touchés par ces
mesures qui sanctionnerait « des activités d'espionnage
industriel » qui selon une autre source non nommée évoquée
par l'agence de presse pourraient concerner le programme
véhicule électrique du constructeur."
La mise à pied conservatoire :
La
mise à pied
conservatoire est une mesure provisoire à durée indéterminée,
qui permet d'écarter immédiatement le salarié de l'entreprise et qui
est utilisée en cas de faute grave
. Le contrat de travail est suspendu et le salarié n'est pas
rémunéré
L'enquête privée
D'après l'Express , selon les rares éléments qui filtrent
des rangs du constructeur, le service de sécurité interne aurait
reçu, au début de septembre 2010, des courriers anonymes visant des
responsables, dont Michel Balthazard, patron de la division "amont
et projet", et son adjoint
Bertrand Rochette. D'après une source proche du dossier
interrogée par L'Express, ces informations ont d'abord fait l'objet
de "simples vérifications" internes. Elles ont ensuite été
confirmées par une source extérieure qui a "apporté des éléments
incontestables prouvant que ces personnes étaient mêlées à une
filière d'espionnage économique".
Renault aurait évoqué, lors d'une rencontre
informelle avec le contre-espionnage français, des comptes en Suisse
et au Liechtenstein dotés de 130 000 à 500 000 euros, et des
versements mensuels de 5 000 euros au bénéfice des cadres en
question. La "commande" provenait, semble-t-il, d'une entreprise
chinoise.
Le quotidien Le Monde a évoqué
l'existence d'un "enquêteur privé" qui les aurait recueillies. Mais
Renault reste très discret sur ce personnage. On sait simplement que
le département de sécurité est dirigé par un ancien membre de la
DGSE (les services secrets). Quant à l'enquête interne, elle aurait
été menée par un ex-policier.
Peu de temps avant la révélation de l'affaire,
deux membres de la sécurité ont emmené l'un des "suspects" en
Suisse. Selon l'entreprise, Bertrand Rochette aurait proposé de les
accompagner à sa banque, à Genève. Bertrand Rochette , défendu par
Me Christian Charrière-Bournazel, explique, au contraire, que les
deux hommes ont été incapables de lui désigner un établissement
bancaire et qu'ils ont tenté un coup de bluff. Une quatrième
personne aurait été mise en cause dans une lettre anonyme mais
jamais inquiétée.
Licenciement et enquête privée
La jurisprudence exclut comme moyen de preuve
des faits justifiant le licenciement les moyens de preuve
illicites tels que les filatures .
Espionnage : la "piste chinoise"
La piste d'une fuite vers la Chine de secrets
touchant à la voiture électrique, projet phare dans lequel Renault
et son allié japonais Nissan ont investi 4 milliards d'euros, est
privilégiée par le contre-espionnage français et le groupe, selon la
presse et les spécialistes de l'intelligence économique. Mais ni
Renault ni l'Etat français, son actionnaire à 15 %, ne l'ont
confirmé jusqu'ici.
Selon
Le Figaro, une société chinoise, présentée comme un
géant de la distribution électrique, aurait alimenté des comptes de
deux des trois cadres mis à pied. L'enquête menée depuis la fin
d'août 2010 au sein du groupe aurait permis de découvrir 130 000
euros sur un compte au Liechtenstein et 500 000 euros sur un autre
en Suisse, affirme mardi le quotidien, sans préciser ses sources.
Les versements occultes auraient transité par des intermédiaires à
Shanghaï et à Malte.
Selon le journal, une note de la direction
centrale du renseignement intérieur (DCRI) du 7 janvier confirme la
plausibilité de la piste chinoise. Pour autant, il ne s'agit que
d'un faisceau de soupçons convergents, que le contre-espionnage
devra s'attacher à étayer.
Un des cadres est soupçonné par le constructeur
d'avoir été rémunéré en échange d'informations confidentielles. Le
cadre aurait touché 500 000 euros sur un compte suisse en provenance
de la société chinoise
China Aviation
Industry Corporation (AVIC). Il n'aurait conservé, selon
l'enquêteur, que 140 000 euros. Le reste aurait été réparti dans
diverses sociétés écrans.
Les cadres faisant l'objet de la procédure de
licenciement
Les trois cadres menacés d'éviction occupaient
des positions "stratégiques dans l'entreprise", liées
notamment au programme phare des véhicules électriques, selon la
direction du groupe. Le plus important d'entre eux,
Michel Balthazard, est membre du comité de direction du groupe
depuis 2008, une des principales instances du groupe. Directeur de
l'"amont, des projets et des prestations" depuis janvier
2006, M. Balthazard a fait une longue carrière au sein du groupe,
qu'il a rejoint en 1980. "Réfutant" les accusations portées
contre lui, il se dit "victime d'une affaire qui le dépasse".
Matthieu Tenenbaum était, depuis 2007, directeur adjoint du
programme des voitures électriques de Renault.
La plainte des cadres mis à pied
Thibault de Montbrial, l'avocat de Matthieu
Tenenbaum, un des trois cadres mis en cause dans une affaire
d'espionnage présumé au sein du constructeur automobile, a décidé de
porter plainte contre X du chef de "dénonciation calomnieuse",
mercredi 19 janvier, auprès du Parquet de Paris.
Michel Balthazard, membre du comité directeur de
Renault, lui aussi impliqué dans cette affaire, a également porté
plainte pour dénonciation calomnieuse mercredi, a annoncé son avocat
Me Pierre-Olivier Sur. La veille, le troisième cadre concerné,
Bertrand Rochette, avait déposé une citation directe pour
diffamation non publique visant Renault
"Cette plainte sera déposée très
prochainement", a annoncé au Monde l'avocat de M.
Tenenbaum, qui souhaite de la sorte qu'une "enquête sur
l'enquête" soit réalisée. L'objectif, explique-t-il, est
d'obtenir des éléments sur les circonstances dans lesquelles Renault
a reçu les informations qu'il a utilisées pour licencier son
salarié. "Si elles existent !", a lancé Me de
Montbrial.
"A en croire la presse, il y aurait une
lettre anonyme [la lettre de licenciement de
Mathieu Tenenbaum y fait mention] et une enquête anonyme.
Or, on ne peut pas judiciairement travailler à ce dossier sans
s'intéresser à la véracité, à la vraisemblance des éléments sur la
base desquels les accusations sont formulées", souligne
l'avocat.
Selon lui, "il y a quelque part quelqu'un qui
sait que ce qu'il a dénoncé n'est pas vrai. Soit c'est Renault et
c'est une hypothèse à laquelle je ne veux pas croire, soit c'est
l'enquêteur qui a manipulé Renault en lui faisant miroiter des
choses qui ne sont pas vraies et cela il n'y a qu'une enquête sur
l'enquête qui pourra le dire".
L'entretien préalable avec les cadres faisant
l'objet de la procédure de licenciement
Renault avait convoqué, mardi, trois cadres
dirigeants soupçonnés dans cette affaire. L'un d'eux a assuré à la
sortie de cet entretien de plus d'une demi-heure que l'entreprise
n'avait pas encore pris sa décision quant à d'éventuels
licenciements. L'avocat d'un autre de ces cadres a, de son côté,
affirmé que son client est accusé "sur la base d'une lettre
anonyme".
Cette lettre "indiquerait, au conditionnel,
de façon indirecte et implicite, qu'il aurait reçu des pots-de-vin
et commis des actes contraires à l'éthique", a indiqué
Thibault de Montbrial, avocat de
Matthieu Tenenbaum, l'un des trois cadres soupçonnés. "De
façon absolument hallucinante, la société Renault, à laquelle il
incombe de justifier les faits sur lesquels cette procédure de
licenciement est envisagée, s'est contentée de lire un papier sans
engager de dialogue", a ajouté Thibault de Montbrial.
De son côté,
Bertrand Rochette, le troisième cadre mis en cause, a nié en
bloc les accusations portées contre lui. "A ma stupéfaction la
plus complète, Renault m'a annoncé ma mise à pied pour des faits que
je n'ai jamais commis et qui seraient de la divulgation
d'informations contre de l'argent, ce qui m'est totalement étranger",
a affirmé M. Rochette. Il a assuré n'avoir "absolument rien"
à se reprocher.
La plainte de Renault
Une plainte a été déposée jeudi 13 janvier par
Renault pour l'espionnage industriel dont le constructeur automobile
se dit victime vise une société privée étrangère, a déclaré le
procureur de Paris.
"La plainte vise des faits de vol en bande
organisée, d'abus de confiance aggravé et des faits de fourniture
d'éléments intéressant le secret économique français à une puissance
étrangère", a déclaré le Procureur de la République,
Jean-Claude Marin. Prié de dire quel était ce pays, le procureur
a répondu : "C'est la position de Renault. Ils citent non pas
une puissance étrangère, ils ne citent que des personnes morales de
droit privé". Il a précisé que la plainte était pour l'instant
analysée et que la décision formelle d'ouvrir une enquête n'était
pas encore prise
Ouverture de l'enquête préliminaire
Le parquet de Paris a annoncé, vendredi 14
janvier, l'ouverture d'une enquête préliminaire confiée à la
Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) sur l'affaire
d'espionnage industriel qui a fait l'objet de la plainte de
Renault.
Les informations en cause
Le PDG de Renault a déclaré au JDD "Nous sommes arrivés
à la conclusion que ce qui est sorti ne correspond pas à des
informations technologiques. Il pourrait s'agir d'informations sur
notre modèle économique. (...) Ce qui est visé, c'est notre
stratégie dans la voiture électrique", Renault étant le seul
constructeur à fabriquer à la fois la batterie, les moteurs et les
chargeurs" a-t-il indiqué au JDD.
Quant au destinataire de ces informations, "je n'ai pas de
conviction sur ce point", a-t-il noté.