Le
capitalisme managérial
L'ère des managers fait
suite à la crise de 1929. Le capitalisme industriel fait place au
capitalisme managérial, c'est l'ère des managers. La révolution industrielle
est suivie de la révolution technologique. L'énergie électrique se développe
pour alimenter non seulement l'éclairage, mais surtout les machines
électriques. L'électronique apparait. Le téléphone se développe, le telex va
faciliter les échanges commerciaux, les transmissions électroniques les
échanges bancaires.
L'équilibre économique
entre la production et la consommation est essentiellement à l'échelle
nationale. C'est dans ce contexte que se développent les théories
économiques, comme les théories keynésienne. Les politiques
keynésiennes reposent sur une utilisation des techniques enrayées par la
crise puis par la guerre, et la prolongation des effets bénéfiques de la
Reconstruction, notamment par une politique active du logement.
L'adéquation entre la
production et la consommation porte sur un nombre de plus en plus grands de
produits. La politique de la productivité et les idées de libre entreprise,
d'efficacité , de compétence technique et de concurrence s'imposent.
Dans les pays de l'Ouest
l'équilibre production/consommation relève de l'économie de marché, la
production s'adapte à la consommation, le marketing cherchant à influencer
cette consommation, à persuader les consommateurs d'acheter ce que les
entreprises produisent. Dans les pays dits de l'Est c'est l'état qui
détermine la production et la consommation suit la production.
Dans le système capitaliste
postérieur à la dépression, les managers
écartent les actionnaires dans le contrôle des firmes (cf. Berle et Means,
1932 ; Burnham, 1942 ; Galbraith, 1967). La dissociation entre la
propriété et le pouvoir résulte du fait que les actionnaires sont considérés
depuis la crise de 1929 comme des spéculateurs, ils sont discrédités. Ils
sont cantonnés au rôle de propriétaire, la gestion étant assurée par les
"managers". Les dirigeants ont tous pouvoirs à l'égard des
tiers, c'est la concrétisation du principe "ultra vires". Les
restrictions des pouvoirs des dirigeants par les actionnaires ne sont pas
opposables aux tiers.
La direction de l'entreprise doit être donnée à la
personne considérée comme compétente. L'entreprise est la cellule de production qui
doit être efficace. Le profit est l'incitation à l'efficacité et au progrès
dans l'efficacité.
C'est l'époque de la business administration
, du développement des conglomérats et des multinationales. Il s'agit de gérer des groupes diversifiés,
profitant de la réunion de capitaux, de méthodes de gestion. Les années
1950-1965 seront marquées par l'essor des multinationales qui apparaissent
comme l'expression du capitalisme triomphant.
Après la deuxième guerre
mondiale les besoins de la
reconstruction industrielle vont donner naissance aux Trente Glorieuses. Les
progrès techniques , le développement du transport aérien, avec le
transport de passagers mais aussi le fret aérien, un pétrole bon
marché, alimentent une croissance économique continue.
C'est l'époque en France de
la planification souple, d'une économie de marché dans un cadre de tradition
colbertiste. La prévision devient un aspect fondamental de la politique
économique. La France vit dans un régime de contrôle des changes et de
contrôle des investissements étrangers. Le pouvoir d'achat de 1939
est regagné en 1952, il doublera entre 1970 et 1977. Il sera en 1977 dix
fois plus élevé qu'en 1860-70. La France se transforme à l'abri des tarifs
douaniers.
Le progrès technique permet
la croissance et l'augmentation de la productivité permettant une production
croissante permet une baisse des prix et permet une plus grande
consommation. Les besoins croissent avec des produits qui deviennent de plus
en plus des produits industriels. Après les périodes de rationnement et de
privations, il y a désir de profiter de la vie. La consommation ouvrière inclut une
proportion de plus en plus importante d'objets et de services qui ne sont
pas indispensables, le superflu et même l'inutile deviennent
indispensables, c'est le développement de la "société de consommation".
La tendance est à la
multiplication de produits à bas prix, pour profiter au maximum du
pouvoir d'achat c'est l'apparition des supermarchés et du libre service .
L'électroménager blanc, avec le réfrigérateur, la machine à laver la
vaisselle, la machine à laver le linge, et l'électroménager brun,
avec la radio et le téléviseur se développent dans la maison .
Moulinex libère la femme au foyer. Dans l'habillement se développe le prêt à
porter, la confection industrielle, les bas en nylon remplacent les bas en
soie et Dim libère la femme en dehors du foyer.
La
réglementation des ventes se développe pour forcer les industriels
récalcitrant à vendre à cette nouvelle forme de distribution.
Cette société est marquée par une urbanisation de plus en plus forte, qui
dissocie le français de la terre.
Le pétrole devient de plus
en plus une source d'énergie fondamentale, les compagnies pétrolières
veillent à un prix faible du pétrole pour concurrencer le charbon.
Les conglomérats se
développent. La compensation résultant de la diversification des activités
est perçue par les dirigeants et les actionnaires comme une protection
contre les variations cycliques et les retournements de l'économie. Un
exemple typique est ITT qui porte son chiffre d'affaires de 766 Millions $
8,8 Mds$ entre 1969 et 1970, 75% provenant des sociétés acquises. ITT a
acheté le loueur de voitures Avis, les hôtels Sheraton, le groupe immobilier
Levitt, le premier producteur de silice et d'argile Pennsylvania Glass &
Sand, la plus grande boulangerie américaine, Continental Baking.
La technique de production
évolue avec le toyotisme et l'utilisation de plus en plus de robots de
fabrication, l'automatisation de plus en plus poussée de la production.
L'électronique et l'informatique se développent. La notion d'organisation
est la notion clé dans l'entreprise. L'entreprise est une association
d'hommes pour une coordination d'efforts en vue de la production.
L'importance des cadres
et des techniciens dans l'industrie est particulièrement forte car ils
sont le moteur d'une organisation efficace. Le savoir et le savoir faire des
classes dirigeantes font la richesse des pays du monde où le niveau de vie
est le plus élevé. En 1975 les agriculteurs ne sont plus que 9% de la
population active française, les patrons et cadres 27%, les ouvriers 38%,
les employés et fonctionnaires 26%.
La lutte contre l'inflation
est une priorité, l'inflation qui était un
mal endémique en France depuis 1914, et qui sera particulièrement forte en
1951-1952, sera jugulée de 1959 à 1972. La volonté
d'augmenter au maximum le pouvoir d'achat, dans une société qui devient de
plus en plus une société de consommation, va amener les gouvernements en
particulier en France à favoriser la distribution, au détriment de plus en
plus de la production et en particulier de la production nationale. Le
droit de la distribution impose aux
producteurs de satisfaire les demandes de la grande distribution .
Lorsque l'informatique se développe , c'est une
informatique centralisée, requérant des départements informatiques.
Les fonctions dans
l'entreprise évoluent vers une fonction de décision, une fonction technique
de production, une fonction commerciale, une fonction technico-scientifique
de recherche (R&D), les fonctions financière , comptable et administrative,
la fonction d'information, la fonction commerciale et la fonction relations
humaines.
La population se rajeunit.
Les français veulent de plus en plus que l'amélioration de leur niveau de
vie et de leur genre de vie correspondant à la croissance économique soit
immédiate. Ils veulent consommer ou se loger sans attendre d'avoir épargné,
c'est le développement du crédit. Il s'agit du crédit immobilier, mais aussi
du crédit à la consommation.
L'Europe des Six devient en
1965 le premier commerçant de la planète, les pays riches assurent 54% des
échanges en 1971. Jusqu'en 1969 le taux de croissance du PNB par habitant
atteint 8,5% pour la RFA et la France. L'espace latin , centré sur la
France, est très actif, alors que l'Angleterre et les Etats Unis sont
modérément dynamiques. L'Italie, la RFA et la France dominent l'industrie
des biens intermédiaires, tandis que les Anglo-Saxons perdent des parts de
marché. Aux Etats Unis les piètres performances en matière d'investissement
et de productivité se conjuguent avec de bons résultats sur le marché de
l'emploi, dans un contexte de protectionnisme relatif.
L'abondance des ressources
en hydrocarbures entraine une baisse du prix du pétrole jusqu'en 1968.
L'abondance énergétique explique en partie l'essor de l'industrialisation et
en particulier celui des multinationales. En 1969 l'Europe communautaire
assure 25% de la production industrielle mondiale, les Etats Unis 38% et la
Grande Bretagne 6%. On assiste à la multinationalisation des entreprises et
des banques. Les atouts des multinationales reposent sur les atouts
commerciaux : marketing, publicité, distribution. La multinationalisation
s'accompagne de transferts industriels.
Les progrès de la
mécanisation et le gonflement des actifs industriels donne à la grande
industrie japonaise une productivité sans équivalent dans le monde.
L'Angleterre industrielle
se réduit aux constructions mécaniques et au matériel de transport, en
particulier automobiles et camions. Les fleurons industriels du début du
siècle sont victimes de la concurrence européenne puis asiatique,
l'industrie textile, la construction navale ou la sidérurgie sont en déclin.
De 1965 à 1968 la
contestation s'étend dans les pays occidentaux. Un malaise social est
consécutifs à un ralentissement de la croissance. La contestation traduit
par ailleurs une rébellion contre le système capitaliste en Occident, et
contre le système soviétique à l'Est. Les mythes productivistes et les
dogmes idéologiques font l'objet d'une contestation allant jusqu'au
radicalisme. Le vecteur de la révolte est la jeunesse, particulièrement la
jeunesse étudiante. Le mouvement consumériste lancé par Ralph Nader aux
Etats Unis se répand.
En Chine la période de 1965
à 1969 est marquée par la révolution culturelle.
Dans la seconde moitié des
années 1960 apparaissent les signes prémonitoires d'une crise, avec en
particulier l'apparition d'un chômage modéré mais résistant, et une tance à
la hausse des prix dans les pays industrialisés. Les grandes entreprises
sont soumis à la pression des revendications salariales.
En 1967 le Système
monétaire international entre dans une phase de crise aigue. En novembre la
dévaluation historique de la libre sterling ébranle le système monétaire de
Bretton Woods déjà sérieusement menacé par l'affaiblissement du dollar.
En 1971 le New York Stock
Exchange est en crise.
Pour financer les déficits
du budget et de la balance des comptes, grevée par la conquête spatiale et
la guerre du Vietnam, le Trésor fédéral américain fait tourner la planche à
billets. Les dollars se répandent dans le monde, notamment en Europe sous la
forme des eurodollars. Ils représentent en 1971 50 milliards $, contre
les 10 milliards $ des réserves d'or de Fort Knox. Le 15 août 1971 le
Président Nixon annonce le 15 août 1971 la suppression de la convertibilité
du dollar en or. Il s'en suivra deux dévaluations du dollar.
En 1972 les Etats membres
de la CEE élaborent un système de fluctuation limitée des monnaies connu
sous le nom de "serpent monétaire européen. Le flottement généralisé des
monnaies sonne le glas du système monétaire de Bretton Woods. Le FMI perd
l'essentiel de ses pouvoirs de contrôle.
Le début des années 1970
voient une fin de cycle . Le ralentissement de la production industrielle
traduit la saturation des marchés solvables. Les ménages des pays développés
approchent le seuil de saturation pour les biens électroménagers qui avaient
été un facteur important de croissance. Pour l'automobile, les ventes se
limitent au remplacement d'un véhicule usagé, ce qui représente une demande
moins forte que lorsqu'il s'agit d'un premier équipement. La sidérurgie est
confrontée à des marchés largement équipés, tandis que ses coûts de
production sont alourdis par le vieillissement technique, les charges
salariales et le renchérissement des combustibles. La sidérurgie des pays
développés ne peut affronter la concurrence des aciéries japonaises, qui ont
moins de 20 ans d'age. La construction automobile est de même en difficulté
face à la concurrence japonaise, qui ébranle l'industrie américaine et
provoque l'effondrement de la production britannique.
Le désordre monétaire
ajoute les incertitudes de change aux écarts nationaux d'inflation. Il ouvre
la spéculation sur les changes et détourne les capitaux de l'investissement
productif. La surchauffe inflationniste pousse à un très haut niveau la
demande de produits de base.
Le 22 janvier 1972 Edward
Heath signe le traité d'adhésion à la CEE.
En 1975 c'est la ville de New York, couverte de
dette, qui est en proie à une crise financière sans précédent. Une nouvelle
agence, la Municipal Assistance Corporation (MCA) est créée pour émettre de
nouveaux titres de financement qui ont la caution de l'Etat de New York.
L'inflation
repart en France en 1973. Un malaise économique est suivi par une crise
morale, culturelle et religieuse. Les échanges internationaux, les monnaies,
les marchés des matières premières, la situation politique mondiale,
l'effondrement des religions , l'instabilité des idéologies, l'intolérance
sont des facteurs qui remettent en cause la croissance harmonieuse du
troisième quart de siècle, alors que s'ouvre le quatrième quart.
Aux Etats Unis les managers
n'ont plus la confiance.
En France c'est la faillite
de Creusot Loire, démontrant les méfaits de l'autocontrole par lesquels les
dirigeants se maintiennent à la direction des entreprises.
La réaction est le mouvement de
corporate governance,
destiné à imposer aux dirigeants un contrôle par les actionnaires et des
règles ainsi que des responsabilités.
Le choc pétrolier va créer
une abondance de liquidités. A l'ère des managers va succéder
l'ère des financiers
CORPORATE GOVERNANCE
CAPITALISME MANAGERIAL
CAPITALISME FINANCIER