DEVELOPPEMENT DES PRODUITS
DERIVES
Les opérations à terme
On peut faire
remonter l'origine des produits dérivés à l'antiquité
Les premières transactions avec
paiement et livraison différée remontent à l’Antiquité. Il s'agit
d'opérations à terme utilisant la technique de
lettres de change.
Des documents originaires
d’Assyrie et datant de la première année du règne d’Hammurabi
(1795-1750 av. J.- C.) font état de l’utilisation de lettres de
change négociables permettant à leur porteur «
de recevoir dans 15 jours, à la Cité d’Eshama sur le
Tigre, 8 1/2 minae de plomb déposée auprès des prêtresses du Temple
» . Le plomb était alors utilisé comme monnaie métallique.
Des contrats similaires circulaient
très vraisemblablement à Babylone à la même période et permettaient
de réaliser des transactions à terme .
Les premiers écrits mentionnant
l’utilisation de stratégies financières conditionnelles remontent,
semble-t-il, à Aristote (IVème siècle av. J.-C.) Il raconte
comment le philosophe Thalès de Milet mis à profit sa science et son
ingéniosité afin de bénéficier de l’effet de levier des options pour
réaliser des opérations spéculatives.
Les financements
d'opérations commerciales par opérations à terme
Au
XVIème et XVIIème siècles le
développement des échanges commerciaux dans des marchés
internationaux et l’essor des premières bourses amènent une
généralisation des opérations à terme. En particulier, à cette
époque, les marchands hollandais financent leurs opérations
commerciales en vendant leur cargaison, avant même d’embarquer
. Il s'agit du développement de financements qui ne reposent pas sur
le paiement d'intérêts, mais sur un partage des profits avec celui
qui fournit les capitaux, qui inversement prend le risque de perte
de la cargaison.
Les opérations
sur les bulbes de tulipes
Les options sur les
bulbes de tulipes en 1630 aux Pays Bas sont considérés comme étant
le premier exemple de marché de produits dérivés.
La vente de
récoltes lors des plantations
Plus tard, aux Etats-Unis, les
propriétaires terriens négocient le prix de leurs récoltes dès la
saison des plantations. Il convient de souligner qu'en France les
coutumes prévoyaient les ventes "des récoltes pendantes par la
racine"
L'apparition
des bourses de commerce
Au XIXème siècle apparaissent, sous l’égide des bourses de
commerce implantées à Chicago, les premiers contrats à terme aux
caractéristiques (prix, qualité, quantité, échéance, etc.)
standardisées. Jusque là, les investisseurs supportaient les risques
liés aux variations de prix, au fait que la qualité des produits
livrés ou la date de livraison ne correspondait pas à leurs
attentes, ou pire encore, aux risques de non-exécution des contrats.
Les contrats à terme remplissent alors un double rôle : ils servent
à la fois de moyen de financement et d’instrument de couverture .
Les contrats à
terme non optionnels sur les marchés à terme ont été les
premiers "futures" .
Le plus ancien marché à terme organisé en fonction est donc le
Chicago Board of Trade
(CBOT), fondé le 22 avril 1848. Ce marché s’est rapidement
spécialisé sur les céréales, tandis que son principal concurrent le
Chicago Mercantile Exchange
(CME), créé en 1874, proposait des contrats sur le bétail et les
denrées périssables.
Ces marchés n’ont pas immédiatement connu
une grande expansion. D'ailleurs ils
rencontraient des résistances et l'Etat d'Illinois avait par exemple
interdit en 1874 les options sur
matières premières pour éviter les manipulations de cours
Durant toute la première moitié du XXème siècle, peu d’innovations
de produit sont venus alimentées les marchés à terme. Toutefois,
toujours sous l’impulsion des bourses de commerce, le dispositif de
négociation s’est progressivement complété par la mise en place des
systèmes de dépôt de garantie dès 1877, et la création des chambres
de compensation à partir de 1925.
Le Congrès américain adopta en 1936 le
Commodity Exchange Act
qui interdisait le négoce d’options sur contrats à terme de
produits agricoles pour éviter les manipulations de cours sur ces
produits alimentaires
Bien
qu’essentiellement axée sur les marchandises et les matières
premières, l’expérience accumulée allait servir de base au
développement des marchés dérivés dans les années 1970.
Les opérations à termes sur devises
Le véritable essor des marchés à terme est né avec l’ouverture de l’International
Monetary Market,
filiale du CME, qui propose le 16 mai 1972 les premiers
contrats à
terme fermes sur devises.
Les produits dérivés sur actions
Le premier marché réglementé d’options sur actions négociables, le
Chicago Board Options Exchange
(CBOE), est lui créé le 26 avril 1973, l’année même de la parution
des articles de Merton (1973) et de Black et Scholes (1973)
sur l’évaluation des options. Et dès 1975, le CBOE adopte la formule
de Black et Scholes.
Le CBOE connut rapidement un vif
succès Toutes les places financières suivirent l'exemple
d’abord aux Etats-Unis, puis dans les autres pays anglo-saxons.
pratiquement toutes les places boursières européennes et la plupart
des places asiatiques ont ouvert leur propre marché à terme.
Avec le krach d’octobre 1987,
l’intérêt pour les marchés dérivés s’est toutefois estompé, mais
momentanément seulement : les volumes ont recommencé à croître très
rapidement à partir du milieu des années 1990.
Les produits dérivés sur créances
et obligations
Parallèlement, de nombreuses
innovations financières, sous l’impulsion le plus souvent des
marchés américains, sont venues enrichir la panoplie des instruments
offerts aux investisseurs, à commencer par les produits dérivés sur
les titres à revenus fixes. Le 20 octobre 1975, le CBOT
proposa des contrats à terme fermes sur prêts hypothécaires (GNMA).
Les premiers contrats à terme sur les
Bons du Trésor américains à 90 jours (T-Bills) ont été introduits le
6 janvier 1976 sur le CME, tandis que le CBOT proposa à partir du 22
août 1977 un contrat sur obligations d’Etat à long terme.
Les produits dérivés sur indices
boursiers
L’innovation suivante fut l’introduction des produits
dérivés sur indice boursier . Après plusieurs années de négociation
avec les autorités américaines, le
Kansas City Board of Trade
(KCBT), introduit les premiers contrats à terme fermes sur indice
boursier le 24 février 1982. Le 21 avril 1982 a évé
ouvert l’Index
and Options Market
(compartiment du CME) des contrats sur l’indice boursier S&P 500 .Le
11 mars 1983 ont été introduites sur le CBOE, les premières
options sur indice S&P 100.
Depuis, de nombreux autres contrats à
terme, fermes ou optionnels, sur des indices nationaux,
transnationaux ou sectoriels se sont ouverts, tant aux Etats-Unis,
qu’en Europe ou en Asie.
Les produits dérivés spéculatifs et
la dérégulation
Le développement
des produits dérivés comme produits découplés d'une opération
sous-jacente résulte de la déréglementation financière des années
1980.
Le développement
des produits dérivés a été favorisé par l'informatisation et
l'automatisation des cotations, la dématérialisation des
transactions et de façon générale par le développement des nouvelles
techniques de l'information et de la communication.
Le développement
des produits dérivés a été favorisé par le
Commodity Futures Modernization Act de 2000 qui a exempté
les CDS de toute réglementation.
Leur développement
est aussi fondé sur l'utilisation de mathématiques financières et
les travaux qui ont commencé à être menés dans les années 1970. Des
modélisations ont été développées sur la base de théorie fondée sur
des modèles physiques et des analyses du début du XXème siècle.
La croissance des produits
dérivés a été croissance exceptionnelle
Les produits
dérivés sur les marchés organisés
Depuis vingt ans, les montants
notionnels négociés sur les marchés organisés de produits dérivés
augmentent au taux moyen de +27 % par an, soit un doublement en
moyenne tous les quatre ans, avec une accélération depuis 2002.
En ce qui concerne le type de produits dérivés ce sont les
contrats d’options, par opposition aux contrats à terme fermes,
qui se développent le plus rapidement (respectivement +31 % et
+21 % par an).
En ce qui concerne les sous-jacents, les échanges sont
principalement les contrats de taux (88 % des montants
notionnels) et les contrats sur actions ou sur indices boursiers
(12 %) ; les autres contrats, notamment les produits de change
sont très marginaux.
En ce qui concerne
la répartition géographique,
Par ailleurs, plus de la moitié (55 %) des transactions ont lieu
aux Etats-Unis (39 % en Europe, 5 % en Asie et 1 % dans le reste
du monde), mais la croissance est plus forte en Europe (+46 %
contre +25 % par an).
Les produits dérivés sur les marchés
de gré à gré
En ce qui concerne les opérations sur
les marchés de gré à gré (marché OTC) on observe depuis
1998 la même tendance avec une hausse de +30 %.
Les
montants notionnels ont été multipliés par 330 entre 1987 et 2006,
soit un doublement tous les trois ans environ.
En ce qui concerne le type de
produits dérivés,
les échanges sur les marchés
dérivés OTC sont comme les marchés organisés dominés par
les contrats de taux (67 %). Les
contrats sur actions et sur matières premières ne
représentent, respectivement, que 2 % et 1 % des montants
notionnels traités. Ce sont les dérivés de crédit, en
particulier les
credit default swaps,
qui connaissent l’essor le plus important : entre fin 2004 et
juin 2007, les montants ont été multipliés par six. Ils
représentent, en fin de période, 8 % des montants échangés sur
les marchés OTC, soit presque autant que les dérivés de change
(9 %)
Les montants de produits dérivés qui
sont négociés sont souvent supérieurs aux montants négociés sur les
marchés sous-jacents. Il est donc évident qu’une partie important
des produits dérivés sont utilisés à des fins purement spéculatives.