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LA TRANSFORMATION DU CAPITALISME

 

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La transformation du capitalisme

 

La désintermédiation  des années 1980 a poussé les banques internationales en particulier américaines à se détourner de l'activité de génération des crédits et de se dégager des risques du crédit qui sont transférés aux marchés qui ont été libéralisés et déréglementés . Elles ont  privilégié une activité de banque d'investissement générant des commissions particulièrement importantes. Ce fut l'ère de Wall Street, de la City et des Golden Boys.

Une industrie financière associant banques d'affaires, cabinets d'avocats, auditeurs et agences de notation a  développé des produits financiers à haute rentabilité dont il est prétendu qu'ils ont la rémunération du risque sans le risque. Une sphère financière phénoménale se développe avec les produits dérivés. La création monétaire est principalement faite par les marchés, les taux qui régissent l'essentiel des crédits sont ceux qui sont établis sur ces marchés.

Les entreprises et les particuliers ont été  poussés à l'endettement et les Etats Unis sont passés à une situation d'épargne négative pour les particuliers. L'endettement des particuliers aux Etats Unis est de plus de 14.000 Mds$. Le surendettement des ménages alimente une surconsommation. Les dettes des ménages augmente le chiffre d'affaires des entreprises sans que ces dernières aient à distribuer des salaires supplémentaires. Le gonflement de la dette des acheteurs permet aux entreprises d'engranger des bénéfices supérieurs à ceux qu'ils pouvaient escompte compte tenu de la qualité de leurs produits et de leur gestion.  La prétendue augmentation de la productivité américaine est purement artificielle.

La surconsommation américaine est favorable aux importateurs. Le déficit commercial est de 737Mds$. Le déficit budgétaire en 2007 a été de 244Mds$  La nation américaine augmente sa dette collective pour financer son déficit commercial. La bulle boursière permet d'attirer des investissements directs étrangers, en obligations et surtout en actions américaines . Près de la moitié du déficit externe a  ainsi été couvert en 1999 par des achats massifs d'actions cotées sur les marchés de New York. Les banquiers d'affaires et les analystes financiers concourent pour surestimer la valeur des actions.

Cette surconsommation résultant du surendettement permet de générer des emplois. L'embauche se fait dans les filières de vente, dans le BTP et la vente immobilière, le tourisme et la restauration , et dans la sphère financière.

La consommation se fait de produits de consommation japonais, coréens ou chinois. Les Etats Unis importent des biens d'équipement d'Europe.

Sous la pression des marchés financiers , les entreprises américaines ont développé massivement l'outsourcing, avec externalisation et délocalisation, dans une politique de cost killing.

Le capitalisme de production  s'est en effet  déplacé grâce aux délocalisations vers les pays émergents où s'est transférée une très large portion de la sphère productive,  et en particulier la Chine et l'Inde. 

 La Chine, le Vietnam et divers pays où le régime politique avait mis fin à la lutte des classes et  où le coût du travail est très bas se sont ralliés à l'économie de marché, puis à la propriété privée de fait des moyens de production. Les entrepreneurs dans  ces pays émergents bénéficient d'une productivité d'autant plus forte qu'à une rémunération faible du travail s'ajoute des ardeurs fortes au travail et une compétence technique et scientifique fortifiée par les transferts de technologie. Les entreprises capitalistes étrangères se sont implantées massivement sur le territoire chinois. La main d'oeuvre chinoise est abondante, formée et disciplinée. Il s'est d'abord agi de la réalisation de pièces et sous ensembles. Le développement technique et scientifique du pays a fait que la gamme des produits réalisés en Chine s'est étendu à l'ensemble des produits exportables, hormis les biens d'armement. Tout l'éventail de la production manufacturée â été réalisé en Chine devenu usine du monde. Les entreprises chinoises sont ensuite passé à un rôle autonome de production, passant d'abord par des distributeurs dans les pays développés pour maintenant commencer à vendre directement. Les distributeurs des pays riches ont joué un rôle primordial dans le mouvement de délocalisation d'activités manufacturières pour baisser les prix.

La délocalisation des services intellectuels s'est faite au profit de l'Inde, couvrant l'ensemble de la gamme des services.

Les crises qui ont frappé les pays émergents  pendant le dernier quart du XXème siècle traduisent l'instabilité de la croissance  de la production, qui s'est cependant traduite par un développement important de la sphère de production dans ces pays.

La Chine détient des réserves de change dépassant les 1.000Mds$ et elle détient 400 Mds$ de bons du trésor américains.

Les sociétés industrielles occidentales sont ont tendu vers le modèle  de sociétés sans usine. Les actifs immatériels sont devenus  prépondérants. L'économie devenus une économie de services. la "nouvelle économie" s'était accompagné du mirage de l'entreprise virtuelle , la dot.com avec la bulle internet.

Les techniques de l'information ont permis de gérer les externalisations et les délocalisations. L'évolution des techniques a  permis de couvrir le fait que le coût du travail est réduit par ces externalisations et délocalisations en prétendant qu'ils induisent une amélioration de la productivité.

L'essor du capitalisme a été basé sur une conjugaison entre le capital national et la main-d'oeuvre locale.  Les premières étapes du capitalisme ont été dans un espace économique national, les "multinationales" élargissant le domaine de vente de leurs produits aux pays en voie de développement.

Dans le dernier quart du XXème siècle on a assisté  dans un premier temps à une dissociation entre la nationalité du capital et celle de la main d'oeuvre . Les entreprises ont privilégié l'abaissement des prix de revient.

La recherche de la main d'oeuvre et de la matière grise la moins chère possible sous la pression des marchés financiers et avec l'encouragement des gouvernements soucieux du pouvoir d'achat, a amené une stratégie de production dans des zones où s'est cumulée production moderne et faible coût du travail. Cette stratégie de production a permis ensuite la naissance d'un capital national utilisant la main d'oeuvre locale.

Les usines du monde s'étant implantés dans les pays émergents, ils exportent et vendent massivement leur production, accumulant des excédents de liquidités. Ces liquidités viennent s'ajouter aux capitaux détenus par les pays pétroliers.

Les fonds d'investissement ont pris une part de plus en plus importante du capital des entreprises cotées. L'extraction de la valeur se fait par la valeur actionnariale,  et par la rémunération d'une dette dont le rendement démontre le caractère risqué parce qu'excessif.  La dette fiscalement déductible est privilégiée.

La notion de capital a été   dénaturée  avec une exigence de rémunération et des impératifs de rentabilité requis par les investisseurs en actions imposant que ce soit les capitaux les plus rémunérés, c'est le concept de "valeur actionnariale" .

Les sociétés ont ainsi été incitées à limiter leurs fonds propres , car les exigences de rémunération et le coût du capital sont pénalisants. Elles ont même amenés à le réduire, et les rachats d'actions se multiplient , fragilisant les sociétés.  Une partie importante des fonds d'investissement ne font que gérer des capitaux qui leur sont confiés de façon précaire et ils ne peuvent donc avoir une logique d'actionnaire à long terme, ave un véritable affectio societatis.  Les investisseurs dans l'entreprise viennent des marchés de capitaux tant primaires que secondaires.

Les société sont passé de l'endettement au surendettement. La frontière entre la notion d'endettement de celle de fonds propres s'estompe. Il y a une graduation de la rémunération en fonction de la subordination, avec des capitaux d'emprunt qualifiés d'hypochirographaires, des instruments qualifiés d'hybrides ou mixtes car ils visent à rajouter à la rémunération de la dette par le biais d'intérêts une rémunération par le biais de bons ou de droit à souscrire des actions.

Les opérations de croissance externe, avec des synergies qui sont en faites des compressions de personnel, ont privilégiées car génératrices de plus valeur à court terme. 

 Les opérations ont été favorisées par le développement des "junk bonds" dont le remboursement s'est souvent révélé impossible.  Les LBO's se sont fait en empruntant jusqu'à 90% de la valeur de la société.

Les opérations de fusions acquisitions qui représentaient mois de 50Mds$ en 1982 vont dépasser les 300Mds $ en 1987. Elles atteindront 3 870 Mds en 2007 (contre 3 300Mds en 2006 et 1500 Mds sur les dix dernières années). Les valorisations se sont faites sur des PER de plus en plus élevés, ce qui est à la base des plus values qui alimentent les versements au titre de la "valeur actionnariale . Les ROE (Return on Equity) passent ainsi de 7 à 9% dans les années 1980 à 15%.  Certaines banques affichent des ROE à 20%.

A partir de 1995 les marchés financiers vont présenter une inversion de la relation classique entre la bourse et l'endettement des sociétés cotées.  Dans l'analyse classique la bourse considérait l'augmentation du passif et des frais financiers comme une dévalorisation des sociétés cotées. La bourse souhaitait le renforcement des fonds propres et le désendettement des sociétés. L'essor des bourses occidentales a permis des politiques de croissance externe par des opérations où intervenaient des paiements en actions et/ou par le biais d'émissions sur les marchés obligataires. Plus le cours montait grâce à l'euphorie boursière et plus la société était en mesure de s'endetter, et ce à des conditions privilégiées. Ce phénomène a créé une inversion de la relation entre la bourse et le marché de la dette. La bourse effaçait la notion et la réalité du risque résultant des emprunts. Les agences de notation ne faisaient qu'accentuer ce mouvement. L'augmentation du cours de la société était accompagnée d'une amélioration de la dette , le marché des actions et le marché de la dette suivant une évolution parallèle. La bourse encourageait la décapitalisation et l'endettement des sociétés cotées. La décapitalisaton des sociétés est accentuée par les rachats d'actions

La gestion a été financiarisée, la rémunération élevée du capital devenant un critère d'évaluation de la gestion des dirigeants.  La notion de "valeur actionnariale" dénature la notion de capital.  La question n'était plus de savoir quelle rémunération l'entreprise peut donner aux capitaux investis, mais quelle est le niveau de rentabilité exigé par les capitaux. Cette rentabilité est extraite par les dirigeants,  le choix des investissements et des opérations de l'entreprise est dicté par les nécessités de rémunération du capital et de la dette financière.  Les actionnaires laissent les dirigeants augmenter l'endettement, en particulier pour réaliser les opérations de fusions acquisitions.

Les dirigeants ont plus de facilité à réaliser la croissance par des opérations de croissance externe, qui leur donnent par ailleurs des satisfactions de pouvoir. Les dirigeants de sociétés se plient aux exigences de rémunération des investisseurs et ont été associés aux profits de ceux ci par les mécanismes de stock options et la participation à des LMBO. Ils font des opérations prédatrices, mais aussi souvent suicidaires, pour essayer d'extraire une rentabilité en plus values.

Il ya ainsi une modification de l'entreprise capitaliste résultant de la transformation financière.

La propriété du capital est une propriété financière,  une prérogative juridique sans permanence, exclusive d'une affectio societatis. Elle se réduit à une exigence de rentabilité et à la désignation de dirigeants se pliant à une gestion procurant cette "valeur actionnariale". Les techniques d'arbitrage, avec en particulier la vente à découvert, et les produits dérivés, et en particulier les CDS, sont destinés à protéger contre une évolution négative et bien entendu contre les pertes. Les investisseurs ne sont pas de véritables apporteurs de capitaux, ils font simplement des placements précaires.

Les marchés dérivés sont en fait des gigantesques places de paris.

 


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