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FAUTE GRAVE


La faute grave est celle qui rend impossible le maintien du salarié dans l'entreprise et qui entraine nécessairement le départ immédiat du salarié de l'entreprise.

DEPART IMMEDIAT DU SALARIE

La qualification de faute grave ou de faute lourde ne peut  être retenue que si l'employeur  prononce une rupture immédiate du contrat de travail  Cass. soc. 21 novembre 2000  

Ceci ne signifie pas que le contrat de travail doive et puisse être rompu sur le champ.

L'employeur est tenu de respecter la procédure disciplinaire. La mise à pied conservatoire à effet immédiat permet l'accomplissement de la procédure.

Lorsque le contrat est à durée déterminée, la seule procédure à respecter est la procédure disciplinaire légale.

Lorsque le contrat est un contrat à durée indéterminée, la procédure disciplinaire légale doit être combinée avec la procédure légale de licenciement.

Par ailleurs la jurisprudence admet que n'est pas exclusif d'une faute grave le maintien du salarié dans l'entreprise pour permettre une enquête (Cass. soc. 10 octobre 1991), pour mesurer le degré de gravité des fautes commises (Cass. soc. 10 mars 1993) ou pour tenter d'aboutir à un départ négocié (Cass. soc. 27 juin 1991)

Le versement d'indemnités alors que le salarié a été obligé de quitter l'entreprise aussitôt après sa faute ne prive pas l'employeur de se prévaloir de la faute grave (Cass. 27 septembre 2007)

 

Abus de la liberté d'expression du salarié  et faute grave

Le salarié qui abuse de la liberté d'expression des salariés  peut être sanctionné pour faute grave.

L'envoi  par la salariée au commissaire au compte d'une lettre qui contenait des propos blessants et des allusions diffamatoires, fait ressortir ainsi un abus ; ce fait constituait la réitération d'un fait de même nature survenu antérieurement et ayant déjà fait l'objet d'un avertissement,  le comportement de l'intéressé rendait impossible le maintien de celle-ci dans l'entreprise pendant la durée du préavis et constituait une faute grave (Cass.soc. 14 janvier 2003 )

Propos injurieux et faute grave (Cass.soc. 30 octobre 2002 )

Vol et faute grave

Le vol commis par un salarié au préjudice d'un client de l'employeur caractérisant, alors même que l'objet soustrait serait de faible valeur, une faute grave de nature à rendre impossible la poursuite du contrat de travail pendant la durée du préavis  ( Cass.soc. 16 janvier 2007 ) Cette décision confirme une approche spécifique de la faute grave lorsque le travail d’un salarié le conduit à exécuter sa prestation chez des clients de son employeur et que le fait fautif est commis au préjudice de ce client Chambre sociale, 3 décembre 2002 (pourvoi n° A0044321 )   (Soc., 20 novembre 1991, Bull. n° 512). Ces décisions se rattachent au courant jurisprudentiel concernant le trouble objectif dans l'entreprise

Actes de déloyauté et faute grave
 

Manque  à son obligation de loyauté et commet une faute grave le salarié qui, alors qu'il es en formation,  sollicite  un stage auprès d'une société concurrente. Cass. soc .  12 octobre 2004

Chambre sociale, 4 juin 2002 (Bull. n° 191)

Le salarié dont le contrat de travail est suspendu en raison de la maladie reste tenu d’une obligation de loyauté à l’égard de son employeur. L’acte de déloyauté qui peut lui être reproché doit consister en un manquement aux obligations découlant du contrat de travail. Il en résulte que l’inobservation par le salarié de ses obligations à l’égard de la sécurité sociale et tenant aux heures de sortie autorisées ne peut justifier son licenciement (voir déjà en ce sens : Soc., 16 juin 1998, Bull. V n° 323 ; Soc., 27 juin 2000, Bull. V n° 249).

L’obligation de loyauté est interprétée de façon restrictive en ce sens que le manquement à cette obligation exige que le salarié ait une activité pendant l’arrêt de travail incompatible avec son incapacité de travail : l’exercice d’une activité ne constitue pas en lui-même un manquement à cette obligation (à rapprocher de l’arrêt du 16 juin précité s’agissant d’un voyage d’agrément ou encore le fait d’être vu sur un stand de brocante au marché aux puces le dimanche matin Soc., 21 mars 2000, Bull. n° 115).

Le licenciement ne reposait ni sur une faute grave ni sur une cause réelle et sérieuse dès lors qu’elle avait constaté que le salarié avait remplacé temporairement et à titre bénévole le gérant d’une station-service dans une activité n’impliquant aucun acte de déloyauté vis à vis de son employeur.  Cass. soc .4 juin 2000

Chambre sociale, 25 février 2003

La salariée d’une caisse d’allocations familiales dont les attributions consistaient notamment à lutter contre la fraude aux prestations familiales avait dans une autre caisse dont elle relevait en raison de son domicile,  commis une telle fraude (minoration pendant plusieurs années de ses déclarations de ressources afin de bénéficier de prestations sociales indues). Elle avait été licenciée pour faute grave et la cour d’appel avait retenu cette qualification.

Les faits incriminés relevaient de la vie privée. Cependant le pourvoi formé par la salariée, qui reprochait entre autres à la cour d’appel d’avoir ainsi statué sans relever de trouble objectif apporté à son employeur, a été rejeté au motif que les faits qu’elle avait commis en sa qualité d’allocataire de sa caisse de résidence étaient ceux qu’elle était chargée de poursuivre au titre de ses fonctions dans sa caisse d’activité et que lesdites fonctions la soumettait à une "obligation particulière de loyauté et de probité".

Inversement la Cour de Cassation a considéré que le fait de porter à la connaissance du personnel, sans motif légitime, les agissements d'un salarié nommément désigné constitue une atteinte à la dignité de celui-ci de nature à lui causer un préjudice distinct de celui résultant de la perte de son emploi

Chambre sociale, 21 octobre 2003

Un salarié mécanicien-auto qui, au cours d’un arrêt de travail pour maladie, avait entrepris la réparation d’un véhicule pour son compte en faisant appel à un autre mécanicien de la société qui l’employait, avait manqué à l’obligation de loyauté envers son employeur et commis ainsi une faute grave.

Le fait que le salarié se livre à l’activité même qu’il exerce chez son employeur est incompatible avec l’arrêt maladie dont il bénéficie et caractérise un acte de déloyauté, encore aggravé par l’appel à un autre salarié de l’employeur, sans qu’il soit nécessaire que les juges du fond aient expressément qualifié le comportement de déloyal dès lors que les faits relevés par eux impliquent une telle qualification.

Propos racistes et faute grave

Le fait pour un salarié d'utiliser la messagerie électronique que l'employeur met à sa disposition pour émettre, dans des conditions permettant d'identifier l'employeur, un courriel contenant des propos antisémites est nécessairement une faute grave rendant impossible le maintien du salarié dans l'entreprise pendant la durée du préavis.  Cass. soc . 2 juin 2004

la cour d'appel, exerçant son pouvoir souverain d'appréciation des faits et des preuves, a constaté que Mme X... avait proféré à deux reprises à l'égard d'un médecin de l'établissement des injures à connotation raciste interdisant toute relation ultérieure de travail, et a pu en déduire que ces faits rendaient impossible son maintien dans l'entreprise pendant la durée du préavis et constituaient une faute grave  Cass. soc. 12 octobre 2004

Ebriéte et faute frave

les dispositions d'un règlement intérieur permettant d'établir sur le lieu de travail l'état d'ébriété d'un salarié en recourant à un contrôle de son alcoolémie sont licites dès lors, d'une part, que les modalités de ce contrôle en permettent la contestation, d'autre part, qu'eu égard à la nature du travail confié à ce salarié, un tel état d'ébriété est de nature à exposer les personnes ou les biens à un danger, de sorte qu'il peut constituer une faute grave Cass. soc. 24 février 2004

Utilisation de l'accès internet de l'entreprise pour des visites à des sites prohibés

L'utilisation réitérée de l'accès internet de l'entreprise pour visiter des sites prohibés constitue une faute grave ( Cass. soc. 6 mars 2007)

Obligation de sécurité et faute grave

La faute grave est constituée par le défaut de respect des obligations concernant la mission d'assurer le respect des règles de sécurité incombant à un chef de chantier : "Il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa sécurité et de sa santé ainsi que de celles des autres personnes concernées du fait de ses actes ou de ses omissions au travail ; .... dès lors, alors même qu'il n'aurait pas reçu de délégation de pouvoir, il répond des fautes qu'il a commises dans l'exécution de son contrat de travail "  (Cass.soc. 30 septembre 2005 )

Harcèlement sexuel et faute grave

Le harcèlement sexuel est constitutif de faute grave (Cass.soc. 5 mars 2002)

Conflit d'intérêts et faute grave

la cour d'appel, qui a constaté que le salarié avait mis ses fonctions à profit pour favoriser une station de radio dont il était le gérant en lui confiant l'essentiel du budget prévu par la Chambre d'agriculture de la Réunion pour la promotion radiophonique de son activité, a pu décider que le comportement du salarié rendait impossible son maintien dans l'entreprise pendant la durée du préavis et constituait une faute grave  Cass. soc. 11 février 2003

 


 

Poursuite de faits fautifs et faute grave

La poursuite par un salarié d'un fait fautif autorise l'employeur à se prévaloir de faits similaires, y compris ceux ayant déjà été sanctionnés, pour caractériser une faute grave. En l'espèce il s'agissait d'un gardien d'immeuble qui, malgré une précédente condamnation pénale pour exercice illégal de la profession d'agent immobilier et une mise en garde de son employeur attirant son attention sur les conséquences de la poursuite d'une telle activité, avait réitéré les faits reprochés pendant le temps et sur les lieux de son travail salarié.  Cass. soc .30 septembre 2004

 

l'arrêt du 15 décembre 2004, fait apparaître qu'il n'y a pas de contradiction entre le fait, pour une cour d'appel, de retenir qu'un licenciement avait une cause réelle et sérieuse, tout en écartant la faute grave reprochée au salarié par son employeur pour avoir refusé un changement de ses conditions de travail. En effet dès lors que le refus est fondé sur des considérations familiales démontrées, il ne constitue pas une faute grave, mais peut par contre constituer une faute justifiant le licenciement.

 

 

 

 

 

 


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