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PRODUITS DERIVES ET RISQUES

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LES RISQUES DES MARCHES FINANCIERS


 

Risques et produits dérivés

Les produits dérivés sont censés être un moyen de gérer les risques concernant les sous-jacents .  Lorsque les produits dérivés sont utilisés à des fins de couverture, ils transfèrent le risque à la contrepartie. Une partie importante des produits dérivés correspond à des opérations spéculatives. Dans ces opérations, le produit dérivé est en fait un pari fait concernant le risque. 

Le risque résultant des produits dérivés a été démultiplié par l'utilisation de l'effet de levier.

Par ailleurs les produits dérivés sont eux même la source des risques, et ils sont des facteurs d'instabilité.

Les risques des produits dérivés

Les produits dérivés augmentent la volatilité des marchés sous-jacents.   Les produits dérivés augmentent  les possibilités de manipulation des cours.

Leurs effets sont amplifiés par  les comportements mimétiques,  générateur d’instabilité (surtout s’ils sont couplés au caractère auto-réalisateur des anticipations. En permettant de prendre des positions à fort effet de levier les marchés dérivés démultiplient les risques de  la spéculation, au point de déstabiliser les marchés

Les produits dérivés sont devenus d’une complexité extrême rendant particulièrement difficile  l’évaluation des risques qu’ils étaient censés réduire  alors que la dissémination des risques empêche leur traçabilité et qu’ils font ensuite l'objet d'une concentration compte tenu du relativement faible nombre des hedge funds qui font la majorité des transactions, avec une nouvelle concentration dans les banques . Il en résulte une menace de  risque systémique

L’instabilité

Un indicateur de l’instabilité est la volatilité. La volatilité est l’écart-type des variations de prix.  La volatilité des actifs ne donne pas une mesure des risques extrêmes, qui correspondent à la non linéarité des marchés, au caractère anormal des marché (Mandelbrot) , ni des incertitudes (par opposition au risque) ni du risque systémique

Les  pertes dues aux produits dérivés  : contentieux et faillites

les pertes des entreprises

Dans les années 1990 les produits dérivés ont causé des pertes importantes et dans certains cas  la faillite d'entreprises  utilisatrices   (end-users)

En 1994 Metallgesellchaft, une des vingt plus grandes entreprises allemandes, a perdu  1 340 millions de dollars  en utilisant les forwards sur pétrole  La même année le Comté d’Orange en Californie a perdu 1 810 millions de dollars  avec des opérations de reverse repos , ce qui l'a acculé à la faillite.

 En 1999 Ashanti Goldfields avec 570 millions de dollars perdus  sur des produits exotiques sur or

Procter & Gamble  qui avait perdu 157 millions de dollars  sur le marché des swaps a un contentieux  contre Banker’s Trust, qui a aussi été attaqué par  Gibson Greetings qui avait perdu 20 millions de dollars sur des swaps de taux d’intérêt

La Seita a perdu 150 millions de francs perdus sur le marché des contrats à terme et  a intenté un procès contre Salomon Brothers

Les entreprises ont fondé leurs demandes d'indemnisation sur trois arguments

- mauvaise information sur les risques inhérents aux produits dérivés.

 -méthodes de valorisation utilisées par les établissements financiers considérés ex post trop complexes et de toute façon tenues secrètes.

-  manque de loyauté du vendeur et conflit d'intérêts 

Les pertes subies par certains utilisateurs de produits dérivés ont d’abord été mises sur le compte de l’inexpérience, la plupart des observateurs et des professionnels de la finance arguant que pour toute innovation, une période d’apprentissage est nécessaire.

Les pertes liées à l’utilisation des produits dérivés dits de « seconde génération »  ont incité certaines entreprises, parfois à tort, , à limiter leur périmètre de protection afin de réduire le coût de leur couverture.

les pertes des institutions financières

Les institutions financières, ont elles mêmes subies de lourdes pertes.

C’est le cas de banques – la Barings Bank en 1994,  la Société Générale et la Caisse d’Epargne en 2008 . On trouve aussi  la banque autrichienne Bawag (1,4 milliards d’euros perdus en 2000 sur le marché des changes), la banque américaine Allfirst (690 millions de dollars perdus en 2002 sur les options de change) ou Calyon (350 millions de dollars perdus en 2007 sur les dérivés de crédits)...

C’est le cas des  hedge funds Long Term Capital Management en 1998 et Amaranth Advisors en 2006.  

Si ces affaires sont les plus médiatisées  on peut  recenser  ces vingt dernières années une trentaine de pertes de trading supérieures à 100 millions de dollars, et leur fréquence semble en augmentation depuis 2000 avec une moyenne de deux par an  

Dans tous les cas, l’effet de levier des produits dérivés a été utilisé massivement pour démultiplier les engagements, ce qui explique l’ampleur des pertes. Ainsi, par exemple, le montant notionnel des positions de LTCM sur les dérivés de taux (contrats à terme et swaps) s’élevait, avant la quasi-faillite, à plus de 1 000 milliards de dollars, alors que les capitaux propres du fonds n’étaient que de 4 milliards et son actif de 125 milliards.  

Dans le cas de la  perte subie par la Société Générale en janvier 2008, la position prise par Jérôme Kerviel atteignait 50 milliards d’euros avant que les opérations de débouclage ne débutent, soit davantage que la capitalisation boursière de la banque à ce même moment.  

Les actes d’ un individu peuvent engendrer une perte colossale : 1,3 milliard de dollars pour Nick Leeson et 4,9 milliards d’euros pour Jérôme Kerviel. Les pertes sont dues à l’évolution des cours en trois jours , qui vont créer une perte de 6,3 Mds € effaçant  un gain de 1,4Mds d’euros

En mars 2008 Bear Stearns était contrepartie à 13.000 milliards$ de produits dérivés. La reprise de Bear Stearns par JPMorgan, avec un prêt sans recours de la Federal Reserve de 29 milliards $,  a été décrit ainsi "Fed's Rescue of Bear Halted Derivatives Chernobyl".

Dissémination et concentration des risques

Dissémination des produits dérivés  et perte de traçabilité

Les produits dérivés sont d'abord disséminés dans les marchés dérivés . Cette dissémination rend impossible  La traçabilité des flux financiers complexes . Les contrats sont des opérations OTC  et non sur les marchés organisés. En termes de montant notionnel, en 2007, près de 85 % des produits dérivés sont négociés de gré à gré C Cette part est pratiquement constante depuis 10 ans.

Cette perte de traçabilité est une source de défiance en cas de crise. L'opacité des marchés de dérivés est source de défiance  comme l’a démontré la crise financière avec le blocage du marché interbancaire.

Concentration et effet domino

Dans les marchés dérivés  les risques qui avaient été disséminés sont ensuite concentrés dans des conditions de nature à  provoquer des défaillances en chaîne.  Fin 2006, aux Etats-Unis, les cinq plus grandes institutions étaient engagées sur plus de 98 % des montants notionnels (79,9 sur 81,3 milliards de dollars).   Cela peut conduire à un renforcement des phénomènes de contagion et à une concentration des risques dangereuse  , comme il a été démontré dans la crise avec Lehman Brothers, AIG, etc.

Ce pourcentage élevé cache, par ailleurs, d’importantes disparités : les produits dérivés de change sont presque exclusivement négociés sur le marché OTC, tandis que la majorité des contrats sur actions ou indices boursiers sont traités sur les marchés organisés. 

Les marchés réglementés permettent de centraliser les ordres et de limiter le risque de défaut. A l’inverse sur les marchés de gré à gré, il n’y a (généralement) pas de chambre de compensation pour s’interposer entre les acheteurs et les vendeurs et supporter donc le risque de défaut, mais les contrats peuvent être définis « sur-mesure ».  

L’allocation des risques est donc différente sur les marchés réglementés et sur les marchés OTC. Par ailleurs, dans le premier cas, le risque de marché et le risque de défaut sont dissociés (les intervenants ne supportent que le risque de marché et la chambre de compensation que le risque de défaut), tandis que dans le second cas, ces risques sont joints.

Le clivage entre marché OTC et marché réglementé ne se fait pas en fonction du degré de standardisation des contrats. Le cas le plus typique est celui des produits dérivés de change. Bien que ces contrats existent depuis plusieurs décennies et sont tout à fait standard, ils sont pratiquement l’apanage des marchés OTC.

Une migration des produits dérivés vers les marchés organisés, au moins pour ce qui est des produits les plus standard, permettrait toutefois de réduire les risques et d’améliorer la liquidité, surtout en période de stress, lorsqu’on en a le plus besoin mais où l’heure est à la défiance.

Appréciation des risques par les investisseurs

Les acteurs qui ont pris les risques le font sans être à même de les juger par eux-même . En affirmant aux investisseurs qu’ils sont couverts, les banques les incitent à  prendre davantage de risque 

Risque de contrepartie

Par ailleurs  la capacité des investisseurs à supporter effectivement les risques, ce que l'on appelle le risque de contrepartie,  n'est pas contrôlée.

 

Les risques des produits dérivés et les contrôles

Les risques résultant de l'utilisation des produits dérivés ne peuvent être éliminés par le contrôle interne et la supervision . La complexité des produits, la rapidité et la fréquence des transactions effectuées par les traders ne sont pas  à même de prévenir les  pertes , alors que des pertes colossales  peuvent être générées en quelques jours, si ce n'est en quelques heures.

Il est fallacieux de prétendre à une évaluation scientifique de la valeur des produits dérivés. Il est par ailleurs fallacieux de prétendre que des opérations d'arbitrage  ne seraient pas spéculatives.L’aspect spéculatif est structurellement présent .   Il n’y a aucune différence réelle entre une opération de couverture synthétique (qui relèverait de l’arbitrage) et une opération de couverture fictive (qui relèverait de la fraude car spéculative) . Des opérations sur indices de volatilité ne peuvent faire l'objet de couvertures.

Les contrôleurs n’ont pas la compétence technique ni le poids nécessaire face aux personnes qu’elles sont chargée de contrôler.

Le système de rémunération incite les traders à prendre des risques énormes, mais aussi les dirigeants. Les bonus individuels atteignent des dizaines de millions de dollars, les bonus distribués par les banques de Wall Street à la fin 2007 ont atteint 65 Mds de dollars.

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Compte tenu de ces dangers la question se pose de savoir s’il ne faut pas interdire les produits dérivés en dehors des opérations de couverture. On soulignera que les autorités ont pris des mesures d’interdiction temporaires des ventes à découvert .  Il convient au moins d’imposer que des produits dérivés ne puissent être utilisés que sur des marchés réglementés. Par ailleurs il doit être interdit aux banques de prêter pour ces opérations de dérivés, et d’en faire pour compte propre.  Par ailleurs  il convient de revoir l’organisation des salles de marché (notamment la hiérarchie entre contrôleurs et contrôlés) et le mode de rémunération des opérateurs.

 

 

 

 


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