REPERTOIRE DE JURISPRUDENCE I
TRANSACTION ET MANOEUVRES DOLOSIVES
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Soc,
14 juin 2000, Bull n° 230, N° 97-45-065 Donne
acte à la société BMH de ce qu'elle s'est désistée de son pourvoi
en tant que dirigé contre l'arrêt avant-dire droit rendu le 4 juillet
1996 par la cour d'appel de Colmar ; Sur
le moyen unique, pris en sa première branche Vu
les articles 1134, 2044, 2052
et 2053 du Code civil ; Attendu
que M. Pfendler a été engagé le 15 janvier 1973 en qualité de
directeur commercial par la société PHB Someral, aux droits de
laquelle se trouve. la société BMH ;qu'il a été licencié pour
motif économique par lettre du 27 janvier 1992 énonçant comme motif
de rupture: « suppression de l'emploi occupé, suite à la
restructuration interne liée à l'insuffisance des commandes » ;
que les parties ont conclu le 10 février 1992 une transaction
concernant les conséquences pécuniaires du licenciement ; que M.
Pfendler a saisi le conseil de prud'hommes d'une demande en nullité
de la transaction ainsi qu'en paiement d'une indemnité pour
licenciement sans cause réelle et sérieuse ; que par arrêt
avant-dire droit rendu le 4 juillet 1996, la cour d'appel de Colmar a
ordonné la réouverture des débats et a invité la société BMH a
produire tous documents de nature à justifier la suppression de poste
invoquée comme motif économique du licenciement ; Attendu
que pour accueillir les demandes du salarié, l'arrêt attaqué énonce
qu'il n'est pas contesté .que le licenciement économique de M.
Pfendler a déterminé le consentement de celui-ci à la transaction
intervenue ; que, cependant, force est de constater que le
consentement du salarié, dont il n'est pas établi qu'il avait eu
connaissance avant son licenciement de son remplacement par M. Munsch, a
été vicié par les manoeuvres dolosives mises en oeuvre par la société
SN PHB Someral, qui, pour licencier l'intéressé, n'a pas hésité à
invoquer un prétendu motif consistant dans la suppression .de son
poste et à engager une procédure de licenciement économique pour accréditer
ce motif, alors que celui-ci n'est ni réel, ni sérieux, ce qu'elle ne
pouvait ignorer ; qu'en effet, il convient de constater que le
poste de directeur commercial occupé par M. Pfendler n'a pas été
supprimé puisque loin d'être absorbé par un salarié de l'entreprise,
il a été occupé par M. Munsch, nouvellement engagé par l'entreprise
à cette fin ; que le fait que M. Munsch .ait été, antérieurement
au licenciement de M. Pfendler, mandataire social non rémunéré de SN
PHB Someral, ne saurait établir le contraire puisque ni la fonction de
directeur commercial ni la dépense salariale occasionnée par cet
emploi n'ont été supprimées ; que la société BMH ne saurait sérieusement
soutenir que sa masse salariale a été réduite du fait du licenciement
de M. Pfendler, alors que l'embauche de M. Munsch l'a même conduite à
verser à celui-ci une rémunération supérieure à celle perçue par
M. Pfendler ; q'u'elle- ne saurait de bonne foi soutenir que l'économie
réalisée dans le cadre de la convention d'assistance conclue avec De
Dietrich, qui est certes de nature à réduire ce poste de dépense,
constitue la preuve de la réalité de la suppression de l'emploi de
M. Pfendler, alors qu'une telle économie, sans doute nécessaire dans
l'intérêt de l'entreprise, ne saurait avoir pour effet de réduire la
masse salariale, ou constituer une cause économique réelle et sérieuse
du licenciement de M: Pfendler ; que la société BMH ne peut en
effet ignorer, en raison des conseils juridiques dont elle bénéficie,
que la réduction de sa convention d'assistance conclue avec De Dietrich
serait plutôt de nature à justifier le licenciement économique d'un
salarié de cette société, chargé de l'exécuter ; que pour
l'ensemble de ces motifs, il convient de considérer que le consentement
de M. Pfendler a été vicié par dol ou tout au moins par une erreur
portant sur l'objet même de l'accord intervenu ; que, dès lors,
la transaction en cause est entachée de nullité ; Attendu,
cependant, que si, en application de l'article 2053 du Code civil, la
transaction peut être annulée pour dol ou erreur sur l'objet de la
contestation, le juge ne peut, sans heurter l'autorité de la chose
jugée attachée à la transaction, trancher le litige que cette dernière
avait pour objet de clore en se livrant à un 'examen des éléments de
faits et de preuve pour déterminer le bien-fondé du motif du
licenciement économique du salarié ; Qu'en statuant comme elle l'a fait, alors qu'elle ne pouvait déduire un vice du consentement du salarié de l'existence de la suppression d'emploi invoquée comme motif du licenciement, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de
statuer sur les autres branches du moyen CASSE
ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 11 septembre
1997, entre les parties, par la cour d'appel de Colmar ; remet,
en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
devant la cour d'appel de Besançon. |
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