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Cour de Cassation
Chambre criminelle
| Audience publique du 28 novembre 2006 |
Rejet et cassation partielle par
voie de retranchement sans renvoi |
N° de pourvoi : 05-85085
Publié au bulletin
Président : M. Cotte
Rapporteur : Mme Guirimand.
Avocat général : M. Launay.
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience
publique tenue au Palais de Justice à PARIS, le vingt-huit
novembre deux mille six, a rendu l'arrêt suivant :
Sur le rapport de Mme le conseiller GUIRIMAND et les conclusions
de M. l'avocat général LAUNAY ;
Statuant sur le pourvoi formé par :
- X... Jacqueline, épouse Y...,
1 ) contre l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour
d'appel d'AIX-en-PROVENCE, en date du 4 octobre 2001, qui dans
l'information suivie contre elle sur la plainte de Samuel Z...
du chef de diffamation publique envers un fonctionnaire public,
a rejeté sa requête en nullité ;
2 ) contre l'arrêt de la cour d'appel d'AIX-en-PROVENCE, 7e
chambre, en date du 13 juin 2005, qui l'a condamnée à 1 500
euros d'amende pour complicité de diffamation publique envers un
fonctionnaire public, et a prononcé sur les intérêts civils ;
Joignant les pourvois en raison de la connexité ;
Vu les mémoires personnels produits ;
I - Sur le pourvoi contre l'arrêt de la chambre de l'instruction
de la cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 4 octobre 2001 :
Attendu qu'aucun moyen n'est produit ;
II - Sur le pourvoi contre l'arrêt de la cour d'appel
d'Aix-en-Provence en date du 13 juin 2005 :
Sur le premier moyen de cassation, pris de la violation de
l'article 6.1 de la convention européenne des droits de l'homme
;
Sur le deuxième moyen de cassation pris de la violation de
l'article 65 de la loi du 29 juillet 1881 ;
Les moyens étant réunis ;
Attendu qu'il ressort des pièces de la procédure que le 19
décembre 2000, Samuel Z..., alors juge d'instruction au tribunal
de Boulogne-sur-Mer, a porté plainte et s'est constitué partie
civile auprès du juge d'instruction du tribunal de Toulon, par
l'intermédiaire de son avocat, inscrit au barreau de cette
ville, du chef de diffamation publique envers un fonctionnaire
public, contre, notamment, Christian A..., directeur de
publication du journal, Jacqueline Y... X... et Michel B...,
journaliste, à la suite de la publication, dans le quotidien "Le
Figaro" du 3 octobre 2000, d'un article reproduisant des propos
relatifs à une procédure judiciaire, tenus par Jacqueline X...,
épouse Y..., avocat au barreau de Lille ; qu'à l'issue de
l'information ouverte sur le fondement des articles 23, 29
alinéa 2, et 31 alinéa 1er de la loi du 29 juillet 1881,
Christian A..., Michel B... et Jacqueline Y...-X... ont été
renvoyés devant le tribunal correctionnel ; que les premiers
juges, après avoir rejeté des exceptions de procédure, ont
relaxé Jacqueline Y...-X... et déclaré la prévention établie à
l'encontre des deux autres prévenus ;
Attendu que, devant les juges du second degré, appelés à statuer
sur les recours de Christian A..., de Michel B... et du
ministère public contre l'ensemble des prévenus, Jacqueline
Y...-X... a fait valoir que la juridiction saisie était
incompétente territorialement, et que la prescription de
l'action publique était acquise, en l'absence de renvoi
contradictoire de l'examen de l'affaire, en première instance,
entre le 13 juin 2003 et le 20 novembre 2003 ;
Attendu que, pour rejeter ces exceptions, l'arrêt énonce qu'en
matière de presse, le délit, qui résulte de la publication, est
réputé commis partout où l'écrit a été publié, et que le journal
"Le Figaro" étant distribué sur l'ensemble du territoire
national, le tribunal de Toulon était compétent pour connaître
de la poursuite, sans que puisse être invoqué un choix
prétendument arbitraire, artificiel et de nature à nuire aux
intérêts de la défense; que, s'agissant de la prescription, les
juges relèvent que le tribunal a ordonné contradictoirement une
remise de cause le 1 er septembre 2003, et que cette décision de
renvoi, constatée sur les notes d'audience signées par le
président et le greffier, même en l'absence de jugement, est un
acte de poursuite interruptif de prescription ;
Attendu qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a justifié sa
décision sans encourir les griefs allégués aux moyens, lesquels,
en conséquence, doivent être écartés ;
Sur le troisième moyen de cassation, pris de la violation de
l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ;
Attendu que, pour déclarer Jacqueline Y...-X... coupable du
délit de complicité de diffamation publique envers un
fonctionnaire public et écarter les conclusions de la prévenue
qui invoquait l'immunité instituée par l'article 41 de la loi du
29 juillet 1881 en faisant valoir que les propos lui étant
imputés n'étaient que la reproduction, par la presse, de l'une
de ses plaidoiries, la cour d'appel énumère et analyse les
éléments dont elle déduit que l'article incriminé, publié
presque un mois après les débats
judiciaires et plus d'une semaine
après le prononcé du jugement, n'est pas un compte-rendu
d'audience au sens dudit article ;
Attendu qu'en l'état de ces motifs, exempts d'insuffisance comme
de contradiction, et qui résultent de son appréciation
souveraine des éléments de fait soumis à son examen, la cour
d'appel a justifié sa décision ;
D'où il suit que le moyen doit être écarté ;
Mais sur le quatrième moyen de cassation, pris de la violation
des articles 485, 509, 515 et 593 du code de procédure pénale ;
Vu les articles 509 et 515 du code de procédure pénale ;
Attendu que, selon l'article 509 du code de procédure pénale,
l'affaire est dévolue à la cour d'appel dans les limites fixées
par l'acte d'appel et par la qualité de l'appelant ainsi qu'il
est dit à l'article 515 du même code ;
Attendu que, saisie des appels de Christian A..., de Michel B...
et de l'appel du ministère public contre ceux-ci et contre
Jacqueline Y...-X..., la cour d'appel a infirmé le jugement
entrepris en ses dispositions relaxant la prévenue et l'a
condamnée tant sur l'action publique que sur l'action civile ;
Mais attendu qu'en prononçant ainsi, alors que les dispositions
du jugement déboutant Samuel Z... de ses prétentions à l'égard
de Jacqueline Y...-X... avaient acquis un caractère définitif, à
défaut d'appel de la partie civile, et que la demande de
réparations formulée par cette dernière contre la prévenue,
présente devant la cour d'appel en sa seule qualité d'intimée
sur les recours de Christian A... et de Michel B..., était
irrecevable, les juges du fond ont méconnu les textes susvisés ;
D'où il suit que la cassation est encourue de ce chef ;
Par ces motifs, et sans qu'il y ait lieu d'examiner les autres
moyens proposés :
I - Sur le pourvoi contre l'arrêt de la chambre de l'instruction
de la cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 4 octobre 2001 :
Le REJETTE ;
II - Sur le pourvoi contre l'arrêt de la cour d'appel
d'Aix-en-Provence en date du 13 juin 2005 :
CASSE et ANNULE, par voie de retranchement, ledit arrêt, en ses
seules dispositions ayant statué sur l'action civile exercée à
l'égard de Jacqueline X..., épouse Y..., toutes autres
dispositions étant expressément maintenues ;
DIT n'y avoir lieu à renvoi ;
ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les
registres du greffe de la cour d'appel d'Aix-en-Provence et sa
mention en marge ou à la suite de arrêt partiellement annulé ;
Ainsi jugé et prononcé par la Cour de cassation, chambre
criminelle, en son audience publique, les jour, mois et an que
dessus ;
Etaient présents aux débats et au délibéré, dans la formation
prévue à l'article 567-1-1 du code de procédure pénale : M.
Cotte président, Mme Guirimand conseiller rapporteur, M. Joly
conseiller de la chambre ;
Greffier de chambre : M. Souchon ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le
rapporteur et le greffier de chambre ;
Publication : Bulletin criminel
2006 N° 298 p. 1073
Décision attaquée : Cour d'appel
d'Aix-en-Provence (chambre de l'instruction), 2001-10-04, Cour
d'appel d'Aix-en-Provence, 2005-06-13
Précédents jurisprudentiels : Sur
le n° 1 : Dans le même sens que : Chambre criminelle,
1993-02-03, Bulletin criminel 1993, n° 59, p. 140 (cassation
sans renvoi), et les arrêts cités. Sur le n° 2 : A rapprocher :
Chambre criminelle, 1985-02-05, Bulletin criminel 1985, n° 62,
p. 165 (rejet).
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