Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du jeudi 17 janvier 2008
N° de pourvoi: 07-11760
Non publié au bulletin
Cassation
M. Bargue (président), président
SCP Defrenois et Levis, SCP Piwnica et Molinié, SCP Richard, avocat(s)
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
LA COUR DE CASSATION, PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt
suivant :
Sur le premier moyen du pourvoi principal formé par M. X... :
Vu l'article 1147 du code civil ;
Attendu que, victime d'une contamination par le
virus de l'hépatite C de nature
post-transfusionnelle à la suite d'une accident de la circulation, M.
X... a recherché la responsabilité du Centre de transfusions sanguine
des Alpes-Maritimes, assuré auprès du GAN au moment des faits, lequel a
assigné l'EFS en intervention forcée ;
Attendu que, pour débouter M. X... de ses demandes d'indemnisation
relatives à son préjudice spécifique de contamination, l'arrêt retient
que l'état de santé de celui-ci n'a pas justifié, à ce jour, de
traitement spécifique, lourd et invalidant ; qu'il ne s'est pas aggravé,
et est au contraire stationnaire ; que s'il est avéré que sur le plan
médical, il existe de multiples évolutions possibles de la maladie, le
risque d'aggravation et d'évolution défavorable est incertain, les
progrès constants de la recherche permettant d'augurer de la découverte
de traitements adaptés et efficaces ;
Qu'en statuant ainsi, sans
rechercher si M. X... n'éprouvait pas des craintes et des perturbations
liées à cette contamination, de nature à caractériser un préjudice
spécifique de contamination, et alors que ce préjudice peut être
justifié par les souffrances morales éprouvées à la suite des
traitements nécessaires et par les perturbations et craintes éprouvées
toujours latentes, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au
regard du texte susvisé ;
Et sur le second moyen du pourvoi principal, pris en sa première branche
et sur le moyen unique du pourvoi incident formé par l'EFS, pris en sa
seconde branche :
Vu l'article 455 du nouveau code de procédure civile ;
Attendu que la contradiction entre les motifs et le dispositif équivaut
à un défaut de motifs ; qu'en affirmant dans les motifs de son arrêt,
que, par jugement du 19 février 2004, le tribunal de grande instance de
Nice avait décidé que la société GAN assurances devait sa garantie en
l'absence de validité de la clause dite "de réclamation", tout en
confirmant dans le dispositif de sa décision, ce jugement qui avait
déclaré, à l'inverse, irrecevable l'action exercée par M. X... à
l'encontre de cette société, aux motifs que cette clause était valable,
la cour d'appel a méconnu les exigences du textes susvisé ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les deuxième et
troisième branches du second moyen du pourvoi principal :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 3
octobre 2006, entre les parties, par la cour d'appel d'Aix-en-Provence ;
remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, autrement composée ;
Condamne le GAN aux dépens ;
Vu l'article 700 du nouveau code de procédure civile, condamne le GAN à
payer à M. X... la somme de 2 000 euros ; rejette la demande du GAN ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de
cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge
ou à la suite de l'arrêt cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et
prononcé par le président en son audience publique du dix-sept janvier
deux mille huit.
Décision attaquée : Cour d'appel d'Aix-en-Provence du 3 octobre 2006